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Hommage à Samuel PATY

Il y a un an, le 16 octobre 2020, le professeur Samuel Paty était assassiné aux abords de son collège, victime du terrorisme islamiste. Une cérémonie d’hommage lui a été consacrée au rectorat, en présence de la rectrice de région académique, Christine GANGLOFF-ZIEGLER, et du préfet de région, Alexandre ROCHATTE. 

Les établissements scolaires ont également rendu hommage à cet enseignant en organisant un temps de recueillement et d’échange avec les élèves. 

Au rectorat, une plaque commémorative a été posée à l’espace accueil qui sera dénommé « Espace Samuel PATY ». La cérémonie fut ponctuée de lectures de textes de circonstance par les élèves de 4ème du collège Carnot et du chant de l’hymne national par les élèves du lycée Carnot.

Par la suite, la rectrice s'est rendue à l’école élémentaire Bourg 2 au Lamentin, où les élèves de CM1 et de CM2 ont lu symboliquement la « Lettre aux instituteurs ». Un texte fondateur qui permettra de penser ensemble le rôle et la place du professeur, auprès de ses élèves mais aussi au sein de la société française.

 

 

INAUGURATION DE L'ESPACE SAMUEL PATY AU RECTORAT 

DISCOURS DE LA RECTRICE 

"Il était âgé de 47 ans, il était professeur d’histoire-géographie, et comme chaque année, il dispense un cours d’enseignement moral et civique à des élèves de quatrième sur la liberté d’expression, thème au programme officiel de l’Education nationale, et il présente, pour illustrer son propos, deux caricatures de Mahomet.

En effet, la caricature est un vecteur particulièrement intéressant pour faire comprendre ce qu’est la liberté d’expression. Pour reprendre les propos de Me Bem publié sur le site de la grande bibliothèque du droit « La caricature est (…) un art de la subversion qui fait preuve d’un irrespect sans limite afin de faire réagir, déranger, éveiller l’esprit critique des lecteurs ou de faire débat.

Ainsi, une caricature ne se lit pas simplement au premier degré mais invite le lecteur à réfléchir. »

Le 16 octobre 2020, pour avoir enseigné cette liberté d’expression, pour avoir voulu éveiller le sens critique de ses élèves, il est lâchement et sauvagement assassiné par un terroriste islamiste à la sortie de son collège. Ce drame a bouleversé la France entière et a mis à l’épreuve les fondements mêmes de notre république et les valeurs de notre société et de notre école. Mais cela les a également renforcés.

Aujourd'hui, un an après cette tragédie, nous sommes réunis pour rendre hommage à cet enseignant qui aimait son métier et qui voulait faire grandir tous ses élèves dans le respect des valeurs de la république pour en faire des personnes libres, capables de réfléchir, de s’interroger et de faire des choix en toute conscience et dans le respect des idées des autres. La barbarie de cet acte qui nous a profondément marqués ne nous fait pas renoncer à nos valeurs. Elle a démontré encore plus la nécessité d’ouvrir les élèves au monde.

Et toutes les disciplines enseignées à l’école concourent à ouvrir à la connaissance, à découvrir le monde dans tous ses aspects : social, culturel, scientifique, littéraire.... Les valeurs et la culture humaniste que peuvent transmettre les enseignements tels que la littérature, la philosophie, le latin, le grec, l’histoire, la géographie, l’EMC, les langues étrangères, le sport, ...participent pleinement à la connaissance de l’autre et donc à sa reconnaissance comme un être égal en droit et en dignité.

Plus particulièrement l’histoire qu’enseignait Samuel Paty a pour fonction d’éclairer le présent par la connaissance du passé. Cette volonté de rendre intelligible les sociétés humaines par-delà la complexité qui leur est inhérente a souvent suscité des réticences et des réactions d’hostilité. Par opposition, la république française s’est construite sur un certain rapport à l’histoire, dont elle a fait dès les années 1880 un des piliers de son école et dont l’une des fonctions est de constituer aussi un lieu d’apprentissage de la vie civique. C’est de cet idéal émancipateur à la fois scientifique et pédagogique que se réclament l’ensemble des professeur(e)s et plus largement les éducateurs-trices.

Notre république française a affirmé la liberté, l’égalité, la fraternité mais aussi la laïcité comme étant des valeurs essentielles.

Et je veux rappeler cet article de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789, à laquelle le préambule de notre constitution renvoie : « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ».

Nous continuerons à faire de notre école le lieu, où on combat l’ignorance, où on apprend à vivre ensemble en acceptant l’autre dans toutes ses différences, où on apprend à débattre pour ne pas se battre, où on apprend à penser par soi-même plutôt que de simplement croire, où tout simplement on fait des sciences, y compris des sciences humaines et sociales.

A une période où l’école est sans cesse interpellée, où les repères se déplacent, où les réseaux sociaux font partie du quotidien de nos jeunes, nous devons porter nos valeurs et assurer les conditions du bien vivre ensemble. L’école doit, plus que jamais, favoriser la cohésion sociale en s’inspirant des femmes et des hommes porteurs de valeurs de liberté, de solidarité, de fraternité et de respect.

C’est une grande responsabilité que portent nos enseignants et je tiens à les remercier de former nos jeunes à l’esprit critique, de leur apprendre à analyser l’information et à avoir un regard distancié. Ils relèvent chaque jour le défi d’instruire et de guider notre jeunesse et contribuent ainsi à en faire des adultes responsables.

Par leurs actions, leur investissement et leur passion de transmettre, nos enseignants concourent à former la société de demain et, pour reprendre les termes de Nelson Mandela, font de “l’éducation l’arme la plus puissante pour changer le monde” en mettant au cœur de leur engagement nos valeurs républicaines. 

Ils sont ainsi des remparts contre toutes les formes d’extrémisme et participent à ce devoir de mémoire essentiel dans la construction de toute société.

Ce devoir de mémoire c’est celui qui nous habite aujourd’hui afin que les hommes et les femmes, d’où qu’ils soient, se souviennent de ce jour où ce jeune professeur a été la cible des réseaux sociaux et des extrémistes au point d’y laisser sa vie dans des conditions abominables.

C’est aussi pour cela que j’ai choisi d’apposer une plaque commémorative ici au rectorat, dans cet espace qui sert à la fois à accueillir le public mais aussi à des expositions de nos jeunes artistes, élèves de nos établissements scolaires, rassemblant ainsi toutes les générations.

Donner un nom à un espace n’est pas un acte anodin car ce nom doit être une référence, un repère, une source d’inspiration, et être porteur de valeurs. Le nom choisi doit susciter le questionnement et réveiller notre mémoire. L’espace Samuel PATY nous rappellera ainsi que les valeurs de notre république doivent être défendues chaque jour !

Quel lieu plus symbolique que celui-ci qui intègre déjà une forte dimension mémorielle ?

En effet, en arrière plan, chacun de nous peut découvrir dans cette œuvre photo/graphique «CHANT DE MOTS» les notions de savoir, d’échange et de transmission symbolisées par des mains qui dialoguent avec la citation, « Chacun de nous a besoin de la mémoire de l’autre », extraite de l’oeuvre d’Édouard Glissant, écrivain antillais.

La main prolonge la pensée, elle crée du lien avec le monde. La gestuelle des mains est un mode d’expression universel. Les variations de carnations de peau, d’âges, de sexes des personnes photographiées, permettent l’identification de tous.

Ainsi l’espace Samuel PATY s’invite dans notre quotidien avec l’ambition de rappeler la vérité des évènements tragiques et dramatiques de notre histoire.

 Il symbolise notre engagement collectif à continuer à œuvrer à la formation citoyenne de nos jeunes. Il est aussi le reflet d’une mémoire qui doit nous inviter à nous tourner vers l’avenir en poursuivant sans relâche le combat pour une liberté fondamentale, celle de la liberté d’expression."

Je vous remercie de votre attention.

 

Christine GANGLOFF-ZIEGLER
Rectrice de région académique