Calendrier des vacances scolaires

Lutte contre le décrochage scolaire : Une élève témoigne...

Abigaïl, 23 ans, a quitté l’école depuis 6 ans après s’être confrontée à la dure réalité du monde professionnel et avoir ressenti la déception des siens, elle veut reprendre ses études et découvre le Microlycée qui pour elle est « une chance »…<--break->

 

…« On décide tout simplement de baisser les bras car on peut être submergé par nos histoires personnelles »…

Avant de quitter l’école, j’étais une élève assidue en cours mais très réservée, je rêvais de devenir diététicienne mais je  ne prenais rien vraiment au sérieux. Je n’avais aucune conscience de l’importance des choses.

Mon décrochage scolaire a été lié à une grande perte de motivation. Il m’était difficile de concilier l’école et ma vie privée. J’ai  fini par lâcher l’école après l’échec de ma 1ere tentative au baccalauréat.

 Après cet échec, j’ai été incitée à repasser mon baccalauréat par le biais d’une école privée qui proposait de m’aider à préparer à nouveau le bac à la seule condition d’une inscription en BTS assistante de gestion en PME-PMI, ce que j’ai fait mais je n’ai pas obtenu le bac. Je me suis ensuite inscrite en bac pro commerce en alternance car l’idée d’avoir des sous me semblait fort intéressante. J’ai échoué à cet examen là également. Je n’avais aucune idée de ce que je devais faire. A la suite de cela je me suis laissée influencer et ai fait une formation de conseillère en image. N’ayant ni réseau pour commencer ce métier, ni envie, j’ai donc travaillé quelques mois chez un ostéopathe en tant que secrétaire puis je me suis inscrite dans une boite d’intérim grâce à laquelle j’ai travaillé à quelques endroits.

 

« J’ai fait certains choix qui m’ont valu de perdre l’approbation et la compagnie de certains de mes proches et ce fut très dur psychologiquement. »

Durant  cette période, j’étais très sensible au regard des autres et cela avait beaucoup d’impact sur moi. Je perdais facilement toute envie de continuer à aller en cours juste à cause de moqueries ou d’autres futilités.  N’ayant aucun objectif précis, je laissais les autres décider pour moi et j’abandonnais rapidement car ce n’était pas mon choix.

J’ai voulu m’émanciper et ai décidé de prendre un appartement ; ça a été la période la plus dure de ma vie car j’étais vraiment confrontée à la réalité : le loyer, les dépenses pour se nourrir et surtout le fait de ne pas trouver d’emploi satisfaisant car je n’avais pas de baccalauréat, ni fait d’études supérieures.

 

« Et aujourd’hui, je regrette … »

C’est alors que j’ai vraiment réalisé que « si j’avais fait les bons choix, si j’avais pris les choses plus au sérieux à 17 ans quand j’ai passé mon bac la 1ere fois, je n’en serais pas là aujourd’hui ». J’ai alors décidé de retourner à l’école.

Et aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir compris plus tôt que ma vie dépend des choix que je fais et d’avoir laissé passer les opportunités qui s’étaient présentées auparavant… 

Je pourrais être beaucoup plus loin que cela si j’avais fais les choses sérieusement.

Les deux premiers jours au Microlycée, j’étais un peu triste de devoir faire tout cela à l’âge de 23 ans mais je sais que je ne peux m’en prendre qu’à moi-même et qu’il n’y a que moi qui puisse changer ma propre situation donc j’ai décidé de me donner tout les moyens de réussir cette fois-ci.

La plus grande difficulté aujourd’hui est financière car je ne travaille pas et ne bénéficie pas d’aide de l’état ou que sais-je d’autre.  Mais je me dis que c’est temporaire.

 

« Etre au Microlycée de Guadeloupe est une chance pour moi car j’ai aujourd’hui 23 ans et la possibilité de repartir de zéro »

Là-bas je me sens vraiment écoutée et encadrée. Tout est vraiment mis en œuvre au ML pour favoriser notre réussite et je dois saisir cette chance, car je ne sais pas si j’en aurais d’autres.

Aux jeunes qui liraient mon témoignage et qui ne trouvent pas leur place dans l’école, je leur dirais : « Imagine quel genre de vie tu veux vraiment vivre, ben figure-toi que le  baccalauréat t’offre un des premiers billets  pour aller vers ta destination ! »

Plus sérieusement, au Microlycée, on a la chance de pouvoir parler à nos professeurs encadrant donc il ne faut pas hésiter à se rapprocher d’un d’entre-deux pour en discuter.

Pour ma part, le fait de me fixer des objectifs, de les écrire et de les lire quotidiennement m’aide à rester focalisée sur ce que je veux et de continuer à aller à l’école.

 

Abigael ETZOL

Elève de 1ère ES au Microlycée de Guadeloupe

 

 

«  Nous sommes tous des acteurs mobilisables en faveur de la persévérance scolaire »

L’histoire d’Abigaïl est loin d’être un cas isolé au ML.  Lors des premiers entretiens, les raisons invoquées par les jeunes pour justifier la rupture scolaire semblent toujours simple : « Je m’ennuyais, je n’avais pas choisi cette filière, je ne m’entendais pas avec les élèves de ma classe ou les profs… « 

Cependant, il apparaît très vite une véritable souffrance lors du retour à l’école dont l’origine, principalement psycho-sociale, est souvent antérieure au décrochage proprement dit ; et malgré la motivation initiale, le risque de rupture est encore très présent.

Pour lutter contre ce risque, les enseignants du Microlycée ne considèrent pas le jeune accueilli juste comme un élève mais comme un individu ayant des savoirs qu’il nous faut enrichir et une vie sociale qu’on ne peut ignorer  tellement celle-ci peut être compliquée. Nous prenons le temps d’écouter chaque parole mais aussi d’entendre les non-dits.

Ainsi le cadre proposé au Microlycée de Guadeloupe par l’équipe éducative et pédagogique tente de privilégier les facteurs de protection : un encadrement alliant bienveillance et rigueur, la valorisation du travail et des efforts fournis, les encouragements, le soutien émotif ou administratif offert aux jeunes qui traversent des périodes difficiles…

Pour faire face aux difficultés rencontrées par les jeunes, chaque membre de l’équipe agit et réagit selon ses sensibilités. Et nous faisons aussi régulièrement appel à nos partenaires : Psychologue, travailleurs sociaux, collectivités mais aussi les parents et les professionnels…

Tous ensemble, et les limites institutionnelles atteintes, nous leur apprenons la résilience et les incitant à se focaliser sur leur projet professionnel, leur projet de vie.

Sabrina ROGER

Coordonnatrice du Microlycée de Guadeloupe