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Un artiste à cœur ouvert face aux élèves

C’est un mercredi atypique et haut en couleur qu’ont vécu les élèves et les adultes de l’école primaire Ludger Marie, à Morne à l’Eau, en juin. L’équipe pédagogique a en effet reçu le plasticien Antoine Nabajoth pour un moment d’échange et de partage autour de l’art et des pratiques artistiques, dans le cadre de la mise en œuvre du PEAC (Parcours d’éducation artistique et culturelle).

Depuis plusieurs semaines déjà, toute l’école se préparait à rencontrer Antoine Nabajoth. Dans chaque classe, les maîtresses avaient fait étudier aux enfants son tableau L’envol (2017) à partir d’une reproduction. Durant la première séance, la forme et le fond de l’œuvre avaient été analysés (description, émission d’hypothèses, expression des sentiments et du ressenti…) à l’oral ou à l’écrit d’après le visuel. A la seconde séance, le titre avait été révélé comme un indice supplémentaire pour approfondir, appuyer ou au contraire incriminer ce qui avait été dit avant. Enfin, la séquence s’est terminée par des productions d’écrits variés dont le point commun était l’œuvre d’Antoine Nabajoth comme point de départ.

Dictées à l’adulte en maternelle, mais aussi productions collectives ou individuelles à l’élémentaire (acrostiches, poésies, interviews, proses et autres portraits chinois), tous ces écrits ont révélé l’étendue de l’imaginaire des jeunes élèves et la pertinence de leurs questionnements. « En CM1, pour les portraits chinois (Si tu étais un animal / une fleur / un objet…), les élèves sont restés dans les registres de couleurs du tableau L’envol (rouge, orangé, jaune) et ont parlé de volcan en feu, de flamboyants… Ils ont aussi créé un nouveau genre d’écrits qu’ils ont baptisé mangacudja, en référence à la douceur de la mangue et à l’acidité du fruit de la passion), et qui consiste à associer en toute harmonie deux contraires, selon ce qui est ressorti de leur analyse de l’œuvre » explique Valérie Duloir, l’enseignante de la classe et directrice de l’école.

L’investissement des élèves témoigne de leur hâte à rencontrer en vrai l’artiste et sa toile. Quand le jour J est enfin arrivé, une des grosses surprises a été de constater l’écart entre l’œuvre originale et la reproduction (taille, couleurs, texture…). Mais très vite, le dialogue s’est noué entre l’artiste et les élèves, comme si les barrières d’âge et d’expériences n’existaient plus, comme si seule l’aventure au cœur de l’imaginaire et de la créativité rapprochait les différences. Et le plasticien, pourtant peu loquace avec les adultes, a délié sa parole, révélant les pans cachés de son processus de création artistique, dans une symbiose parfaite avec les enfants, qui avaient l’air de comprendre exactement ce qu’il leur expliquait et surtout ce qui se jouait à travers l’art. « Les enfants suivent tout à fait l’idée de mon travail, la réflexion que cela demande, les différentes étapes de création –croquis, dessins- et les choix de réalisation –outils, médiums…) ». Au bout de ces échanges d’une belle intensité, l’artiste a mis tout ce petit monde au travail. « A votre tour maintenant d’interpréter ce tableau à la gouache. Vous n’avez qu’une contrainte : réaliser un poisson et un personnage à votre manière, et comme vous le voulez, mais sans passer par le crayon à papier. N’oubliez pas : la création, c’est un rêve, c’est de l’imaginaire qui se révèle. Profitez donc bien de ce moment ».

Une heure plus tard, dans une explosion de couleurs et d’idées, les dessins sont rassemblés et accrochés sur des fils pour sécher. Les enfants, très fiers, abordent les adultes pour clarifier ce qu’ils ont fait. « C’est une fille qui promène son poisson », explique Tessa, qui est en grande section de maternelle. En effet, on remarque la créature marine reliée à sa propriétaire par une laisse. « Mais après, elle va l’enfermer pour ne pas que le poisson s’en aille ». Des sirènes, des humains à écailles, des paysages aquatiques et terrestres, c’est tout cela et bien d’autres choses encore qu’Antoine Nabajoth a réussi à inspirer à son jeune auditoire. « Dans cette école rurale, peu d’élèves ont accès à la connaissance artistique. Le rôle de l’école dans ce domaine prend donc toute sa dimension.

Pour faire vivre le PEAC, nous avons mis au point un projet baptisé « Un mois, un artiste ». Antoine Nabajoth est le second artiste que nous rencontrons et déjà, nous constatons un accroissement de l’intérêt des enfants pour les arts en général » constate la directrice. « C’est enfin un moyen de faire entrer les parents dans l’établissement scolaire, et de tisser des liens plus étroits avec eux ».

 

Stéphanie TOLLET