"J’ai découvert l’académie de la Guadeloupe
lors de la visite d’une école le
jour de la rentrée, en septembre 2005,
aux Abymes, dans la campagne ; la
presse était présente, presse écrite,
radios et télévision. Une médiatisation
forte, qui est un trait sans doute original
du fonctionnement de cette académie
(et sans doute des académies
d’outre-mer) où le recteur occupe
dans l’esprit de la population une
place très importante. La raison principale,
que je vais assez vite découvrir,
est que l’on accorde à l’école une
place essentielle, même si elle est parfois
décriée et que cela entraîne une
valorisation particulière des faits scolaires.
Le comprendre c’est aussi comprendre
qu’il faudra gérer de façon
équilibrée le fort sentiment que l’école
apporte quelque chose à la société
guadeloupéenne et qu’en même
temps les résultats ne sont pas au
niveau de l’attente, sinon des populations,
du moins du recteur lui-même.
Un recteur qui a une vision d’abord
abstraite du système éducatif et comparatif
des académies entre elles. La
fonction est un long apprentissage des
êtres et des manières d’être, au-delà
de ce qu’est la machine administrative
du rectorat."
"Le recteur ici, doit ajouter à ses
connaissances l’identification lente des
attentes locales et la complexité des
modes de relations interpersonnelles.
L’espace académique est fondamentalement
différent et les approches traditionnelles
ne sont plus de mise. Il faut
faire la preuve d’un véritable engagement
personnel, tisser des liens particuliers
avec les élus et les autres représentants
de l’Etat, s’immerger et s’intégrer
dans une société locale complexe
avant de pouvoir réellement devenir le
relais attendu par le MEN et le dynamiseur
sur lequel s’appuiera la communauté
éducative, avant de devenir
capable de se faire entendre pour
défendre ses idées pédagogiques. Il
faut aussi chercher et trouver le ton
juste dans une académie où les personnels
aspirent à une spécificité tout
en désirant continuer à appartenir à un
grand ensemble."
"Le rôle du recteur, ce sera alors de
rappeler à ses équipes qu’elles doivent
inclure dans leurs stratégies la nécessaire
prise en compte du temps pédagogique,
du temps insulaire, des aspirations,
de l’histoire et de la culture
particulières de ce pays.
Ce qui va compter surtout c’est que le
recteur, en Outre mer et plus singulièrement
en Guadeloupe, est celui qui
devra, plus qu’ailleurs, s’appliquer à
faire sens pour que chacun oublie le
dicton, ici ressassé, « Tout ce que l’on
fait pour nous, sans nous, on le fait
contre nous », pour que chacun s’approprie
les objectifs et les axes de progrès
du projet d’académie."
